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Main Propre

la rédaction · 16 min de lecture

La goulotte à gravats : descendre les déchets sans poussière

Les gravats naissent en hauteur et doivent arriver au sol sans blesser ni tout recouvrir. Les méthodes employées, ce qu'une goulotte doit présenter, quoi observer.

3 min de lecture

Sur un chantier de façade, la matière descend beaucoup plus qu'elle ne monte. Un décroûtage d'enduit, une reprise de joints, un piquage de parties dégradées produisent des kilos de gravats à trois, six ou neuf mètres de hauteur, et il faut bien qu'ils arrivent au sol. La façon dont ils y arrivent est l'un des marqueurs les plus fiables d'un chantier bien tenu : entre une goulotte correctement installée et deux compagnons qui vident des seaux par-dessus un garde-corps, il n'y a pas seulement une différence de propreté — il y a une différence de sécurité.

Cet article décrit les méthodes réellement employées, ce que chacune fait à la poussière, au bruit et au risque, et ce qu'un propriétaire peut observer et demander depuis son jardin.

Le problème, posé simplement

Ce qui descend, et en quelle quantité

La matière produite dépend entièrement de ce qu'on fait au mur. Un simple nettoyage ne produit presque rien. Une reprise ponctuelle produit des seaux. Un décroûtage complet d'un enduit ciment sur une maison entière produit des mètres cubes.

Ne demandez pas un chiffre en litres ou en tonnes à qui n'a pas encore ouvert le mur : personne ne peut le donner honnêtement avant d'avoir commencé. Ce qui se demande, en revanche, et qui doit figurer au devis : le volume de benne prévu, le nombre de rotations incluses, et ce qui se passe si le volume réel dépasse la prévision. La logique complète de l'évacuation, du tri et de la facturation est développée dans .

Les trois nuisances à traiter en même temps

Descendre des gravats, c'est arbitrer entre trois choses qui ne vont pas dans le même sens :

  • la poussière, qui se libère à chaque manipulation et surtout à l'impact ;
  • le bruit, qui est celui du fracas répété, pas d'un moteur continu ;
  • le risque de chute d'objet, qui est le plus grave et le moins visible.

Une méthode qui règle la poussière en aggravant le risque n'est pas une bonne méthode. Le bon dispositif traite les trois.

Les méthodes, du pire au meilleur

Jeter par-dessus le garde-corps

Il faut le nommer pour l'écarter. Faire tomber des gravats en chute libre depuis un plancher d'échafaudage n'est jamais acceptable, quelle que soit la hauteur, quel que soit le balisage, même dans un jardin fermé et même « quand il n'y a personne ». Un fragment d'enduit qui tombe de six mètres est un projectile ; il rebondit, il part de côté, et il n'attend pas qu'on ait regardé.

Si vous voyez cela chez vous, ce n'est pas un détail de propreté : c'est un motif de remarque immédiate au conducteur de travaux, et un point à consigner par écrit.

Le seau et la corde

C'est la méthode la plus ancienne et, sur de petits volumes, elle reste parfaitement légitime. Un seau rempli à demi, une corde, une poulie ou un simple crochet, et le seau descend en main. La poussière reste contenue tant que le seau n'est pas vidé, et le vidage se fait au ras de la benne.

Ses limites sont la cadence et la fatigue. Sur un gros volume, elle devient si pénible que la tentation de la contourner apparaît — et c'est précisément par là que reviennent les gestes dangereux.

Le brouettage puis la descente par l'escalier ou l'échelle

Sur un échafaudage équipé d'escaliers, les gravats peuvent être ensachés puis descendus à la main. C'est lent, c'est lourd, et cela ne se conçoit que sur de faibles quantités. Descendre un sac de gravats par une échelle d'accès verticale, en revanche, n'est pas une méthode : c'est un risque assumé, une main occupée sur trois points d'appui.

Le treuil et le monte-matériaux

Un monte-matériaux fonctionne dans les deux sens. Ce qui monte plein de mortier redescend plein de gravats, dans un bac ou un big-bag, sans poussière et sans effort. C'est la solution la plus confortable quand l'appareil est déjà là pour l'approvisionnement — ce qui suppose de la place au sol et une alimentation électrique.

La goulotte à gravats

C'est le dispositif spécifique, et c'est celui qui donne son titre à cet article.

La goulotte, en détail

De quoi elle est faite

Une goulotte à gravats est une colonne d'éléments tronconiques emboîtés, généralement en matière plastique souple, reliés entre eux par des chaînes et suspendus à une potence fixée sur l'échafaudage. En haut, une trémie de réception évasée, dans laquelle on déverse. En bas, un dernier élément, souvent orientable, qui dirige la matière à l'intérieur de la benne plutôt qu'au-dessus.

L'ensemble se démonte par éléments, se rallonge quand l'échafaudage monte, et s'accroche latéralement pour ne pas battre au vent.

Ce qu'une bonne installation présente

Voici ce qui s'observe depuis le sol, sans compétence particulière :

  • la colonne est solidarisée à l'échafaudage sur toute sa hauteur, pas seulement en tête. Une goulotte qui pendule est une goulotte qui tape et qui s'use ;
  • le dernier élément plonge dans la benne, ou au minimum débouche à l'intérieur de ses parois. S'il débouche au-dessus, tout le bénéfice est perdu : la poussière repart en nuage à chaque chute ;
  • la trémie de réception est à hauteur de travail, pas au ras du plancher, pour éviter que le compagnon ait à se pencher au-dessus du vide ;
  • il existe un capot ou une fermeture sur la trémie, fermée en fin de journée ;
  • la zone au pied est balisée, avec un périmètre où personne ne circule, et cela vaut aussi pour vous ;
  • rien ne dépasse latéralement au-dessus d'un cheminement, d'une entrée ou de la voie publique.

Ce qui la met en défaut

Quatre défauts reviennent, et ils sont tous visibles :

La goulotte trop courte. Le dernier élément s'arrête à un mètre au-dessus de la benne, parce que la benne était plus basse que prévu ou parce qu'un élément manque. Résultat : un panache de poussière à chaque déversement.

La benne mal placée. Elle a été livrée à côté, pas dessous, et personne ne l'a fait déplacer. Les gravats tombent à moitié à côté, et quelqu'un les repellette — en respirant la poussière.

Le déversement trop rapide. On vide une brouette entière d'un coup ; la colonne se bouche, puis se libère brutalement. Un bon usage consiste à déverser par charges modérées et régulières.

Les éléments trop gros. Une goulotte est faite pour des gravats, pas pour un morceau de linteau. Ce qui ne passe pas doit descendre autrement, pas être forcé.

La poussière

Où elle se libère vraiment

La poussière naît en deux endroits distincts, et on ne les traite pas de la même façon.

Au mur, lors du piquage ou du décroûtage. C'est là que le volume est le plus important, et c'est là que la protection des personnes et la limitation de l'envol se jouent — captation à la source, humidification, confinement par la bâche. Ce que ce nuage devient et jusqu'où il entre dans la maison est décrit dans poussière et odeurs pendant un ravalement.

À l'impact, quand la matière tombe dans la benne. C'est un second nuage, plus bref mais très visible, et c'est celui que la goulotte doit maîtriser.

La nature du support joue beaucoup : une poussière de calcaire tendre ou de silex se comporte autrement qu'un enduit ciment, et l'exemple d'un décroûtage sur maçonnerie de calcaire et silex est traité dans la poussière de décroûtage sur un mur de calcaire et silex.

Les gestes qui limitent le second nuage

Quatre pratiques simples, et il est légitime de les demander :

  • bâcher la benne, ou au minimum ne la découvrir que du côté où la goulotte débouche ;
  • humidifier légèrement les gravats avant déversement quand le matériau est très pulvérulent. Légèrement : mouiller franchement transforme la benne en boue et complique l'évacuation ;
  • fermer la trémie dès qu'on ne déverse plus ;
  • arrêter le déversement par grand vent, ou différer la séquence.

Ce qui se protège au sol, en dessous

Sous et autour de la benne, prévoyez une protection du sol : un lit de gravier abîme moins qu'une terrasse en pierre calcaire, et une pelouse se refait mieux qu'un dallage taché. La benne elle-même doit reposer sur des madriers, pas directement sur un revêtement fini. Ces protections font partie des postes que le devis doit nommer.

Le bruit

Le bruit d'une goulotte n'est pas un ronronnement : c'est une série de fracas courts et répétés, de nature à réveiller un enfant qui dort ou à interrompre une conversation. C'est aussi le bruit qu'on entend le mieux depuis les maisons voisines.

Trois choses le rendent tenable. La concentration : regrouper les descentes sur des plages annoncées plutôt que les répartir toute la journée. L'heure : ne pas commencer par là le matin, et ne pas finir par là le soir. La prévenance : dire aux voisins quel jour aura lieu le gros du décroûtage.

Les horaires acceptables ne se déduisent pas d'une règle générale : ils dépendent d'arrêtés locaux, qui varient d'une commune à l'autre. Le bon réflexe est de demander en mairie quels horaires s'appliquent chez vous, et de faire caler les séquences bruyantes en conséquence. L'organisation d'ensemble du bruit sur un chantier de façade est détaillée dans le bruit d'un chantier de façade.

La benne, et la place qu'elle demande

Elle commande tout le reste

Une goulotte sans benne dessous ne sert à rien. La position de la benne détermine donc la position de la goulotte, donc la travée d'échafaudage qui la porte, donc l'organisation du chantier. C'est un point à trancher à l'installation, pas le jour où le décroûtage commence.

Quand la benne doit se poser sur la voie publique, une autorisation d'occupation est nécessaire, avec ses délais et ses conditions : la démarche, les pièces et les interlocuteurs sont décrits dans occuper le domaine public.

Quand il n'y a pas la place

Dans un bourg dense, une rue étroite, une maison sans recul, la benne ne peut simplement pas se poser sous la façade. Les solutions existent — benne déportée avec brouettage, sacs de gravats évacués par rotations, créneau de dépose et d'enlèvement dans la journée — et elles changent l'organisation du chantier plus qu'on ne l'imagine. Un cas concret est développé dans où poser la benne quand le bourg n'a aucun recul.

Dans ces configurations, la goulotte est souvent remplacée par des big-bags descendus au treuil, ce qui est plus lent mais plus discret.

Le tri

Tout ce qui descend n'est pas de même nature. Les gravats inertes — enduit, mortier, pierre, brique — ne suivent pas la même filière que les emballages, les films plastiques, les fonds de pots ou les éléments de menuiserie déposés. Une goulotte n'est pas un vide-ordures : y jeter un sac d'emballages, c'est contaminer une benne d'inertes et renchérir son traitement.

Ce qui s'observe : y a-t-il, au pied du chantier, autre chose qu'une seule benne pour tout ? Un contenant pour les emballages, un bac pour les déchets dangereux s'il y en a, un endroit identifié pour ce qui sera repris par l'entreprise.

Ce que la météo change

La pluie

Une goulotte fonctionne sous la pluie, mais la benne qui la reçoit se remplit d'eau. Des gravats détrempés pèsent nettement plus lourd que des gravats secs, et le poids commande à la fois la capacité de la benne et la charge admissible du camion qui viendra la chercher. Une benne d'inertes remplie d'eau peut devenir inenlevable telle quelle.

La parade est simple et se demande : une benne bâchée dès qu'on ne déverse plus, et un point bas qui ne stagne pas. Sur un chantier bien tenu, ce geste fait partie du repli du soir au même titre que le rangement des outils.

Le vent

Le vent est l'ennemi direct de la descente de gravats. Il disperse le nuage d'impact, il fait pendre la colonne si elle est mal solidarisée, et il transporte les poussières fines jusque chez le voisin. Par vent soutenu, la séquence de descente se décale — comme se décalent les projections d'enduit. Ce n'est pas un caprice d'entreprise : c'est un arbitrage normal, et il vaut mieux l'entendre annoncé que constater ses effets sur la voiture garée en face.

Le gel

Par temps de gel, les gravats humides se prennent en masse dans la trémie et dans les éléments bas de la colonne. La goulotte se bouche, puis se libère d'un coup. Les chantiers d'hiver déversent donc par charges plus petites, et vérifient la colonne avant de reprendre après une nuit froide.

Quand la goulotte n'est pas la bonne réponse

Trois situations où le dispositif ne convient pas, et ce qui le remplace.

Le volume est faible. Sur une reprise ponctuelle, monter une colonne de goulotte coûte plus de temps que la matière ne le justifie. Le seau descendu à la corde, vidé au ras de la benne, fait aussi bien.

Il n'y a pas la place pour une benne dessous. En rue étroite, sur un trottoir passant, devant une vitrine, la colonne déboucherait sur un espace où circulent des passants. Dans ce cas, on descend en big-bags fermés, au treuil ou au monte-matériaux, et on les regroupe en un point d'enlèvement.

Le matériau descendu a de la valeur. Pierres de taille, briques anciennes, éléments de modénature : ils se descendent à la main, calés, et se stockent à part. Une goulotte les casse.

La liste de contrôle du propriétaire

Cinq questions à poser avant le décroûtage, et cinq observations à faire pendant.

Avant : par quel dispositif les gravats descendent-ils ? Où sera posée la benne ? Que devient le sol en dessous ? Quelles plages horaires pour les descentes bruyantes ? Combien de rotations sont prévues, et que se passe-t-il au-delà ?

Pendant : rien ne tombe jamais en chute libre ; la goulotte débouche dans la benne ; la zone au pied est balisée et respectée ; la trémie est fermée quand personne ne déverse ; la poussière retombe dans la benne et non sur la terrasse.

Ces observations ne demandent aucune compétence technique, et elles se font en deux minutes depuis une fenêtre.

Questions fréquentes

La goulotte est-elle obligatoire ?

Ce qui compte n'est pas le dispositif mais le résultat : aucune chute libre, une poussière maîtrisée, une zone d'impact protégée. Une entreprise peut atteindre ce résultat au seau et à la corde sur un petit volume, ou au monte-matériaux. Ce qui n'est jamais acceptable, c'est de jeter. Posez donc la question au conducteur de travaux sous la forme : « par quel moyen les gravats descendent-ils ? » — et non « avez-vous une goulotte ? ».

La goulotte peut-elle abîmer ma façade ou ma terrasse ?

La colonne elle-même est suspendue à l'échafaudage et ne touche normalement pas le mur. Les dégâts, quand il y en a, sont au sol : impact de gravats tombés à côté, tache de laitance, ornière sous la benne. C'est pourquoi la protection du sol et le calage de la benne sur madriers comptent autant que le dispositif de descente lui-même.

Peut-on récupérer certains gravats ?

Oui, et cela se demande avant. Des pierres de parement, des briques anciennes, des éléments de modénature récupérables ne doivent pas partir dans la goulotte : ils se descendent à la main, se trient et se stockent. Le dire au démarrage évite de repêcher une pierre dans une benne.

Que faire si de la poussière entre chez moi malgré tout ?

Le signaler tout de suite, factuellement, et par écrit : quel jour, à quelle heure, dans quelle pièce, avec une photo. Ce signalement immédiat vaut mieux qu'une plainte globale en fin de chantier, parce qu'il permet une correction — fermer une trémie, bâcher la benne, décaler une séquence — pendant qu'elle a encore un effet.

Combien de temps dure la phase la plus poussiéreuse ?

Elle correspond au décroûtage et au piquage, et sa durée dépend de la surface, de l'adhérence de l'ancien enduit et de la météo. Aucune moyenne n'est utilisable : demandez au conducteur de travaux, à la réunion de lancement, quels jours du planning correspondent à cette phase, et faites-les inscrire au compte rendu. C'est cette information-là qui vous permet d'organiser une absence ou de prévenir un voisin.

La benne doit-elle être bâchée la nuit ?

C'est une bonne pratique, pour trois raisons : la poussière ne repart pas au vent, la pluie ne transforme pas les gravats en boue lourde, et personne ne vient y déposer ses propres déchets. Une benne ouverte au bord d'une rue attire les dépôts sauvages, et c'est vous qui paierez leur traitement.

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