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Les eaux de lavage d'un chantier de façade : où elles doivent partir
Rincer un seau dans le caniveau envoie une eau très alcaline directement au milieu naturel. Ce qu'un chantier tenu met en place à la place.
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Il existe un geste, sur les chantiers de façade, qui se répète des milliers de fois par jour en France et que presque personne n'identifie comme un problème : rincer un seau, un malaxeur, une taloche ou une lance dans le caniveau, dans une bouche d'évacuation ou simplement sur la pelouse.
Le geste paraît anodin. C'est de l'eau, et elle est à peine trouble. Il se trouve que cette eau à peine trouble est l'un des effluents les plus agressifs qu'un chantier de maison individuelle produise, et que sa destination la plus courante — le réseau d'eaux pluviales — ne mène à aucun traitement.
Ce sujet ne figure jamais sur un devis. Il se voit pourtant très bien : il suffit de regarder où l'entreprise lave son matériel, et ce qu'elle en fait ensuite.
Un ravalement produit plus d'eau sale qu'on ne l'imagine
Sur un chantier de façade, l'eau intervient à cinq moments, et chacun produit son propre effluent.
Le nettoyage du support vient en premier : lavage à la brosse, nettoyage sous pression, application d'un produit destiné à éliminer mousses, algues et lichens. C'est le poste qui produit le plus grand volume, et souvent le plus chargé.
Le rinçage après traitement suit, lorsque le produit employé l'exige.
Le lavage du matériel intervient plusieurs fois par jour : seaux, truelles, taloches, lances, tuyaux, et surtout la cuve du malaxeur ou de la bétonnière, dont le rinçage produit à lui seul plusieurs dizaines de litres d'eau très chargée.
La préparation des produits en produit également, par les débordements, les fonds de seau et les rinçages intermédiaires.
Le nettoyage de fin de chantier, enfin, ferme la marche : abords, terrasse, vitres, allée.
Mis bout à bout sur une maison de taille courante, cela représente un volume qui se compte en centaines de litres, produits sur quelques semaines, et évacués dans leur immense majorité sans que personne n'ait décidé où.
Ce que contiennent réellement ces eaux
Trois familles de substances s'y retrouvent, et elles ne posent pas les mêmes problèmes.
Les fines minérales d'abord : particules d'enduit, de mortier, de ciment, de chaux, de plâtre. Elles rendent l'eau laiteuse. Elles colmatent, et surtout elles emportent avec elles une alcalinité très élevée, dont il sera question plus loin.
Les substances actives des produits de traitement ensuite. Un nettoyant de façade destiné à détruire mousses et algues contient par construction un principe actif conçu pour tuer des organismes vivants. Ce principe ne cesse pas d'agir parce qu'il a coulé jusqu'au sol.
Les résidus de finition enfin : particules de peinture, liants, adjuvants, hydrofuges. Leur nature varie considérablement selon les produits, et c'est précisément pour cela qu'ils se traitent en fonction de la fiche de données de sécurité plutôt qu'au jugé.
À cela s'ajoute, sur un bâtiment ancien, tout ce que le décapage a mis en suspension : particules de peintures anciennes notamment, dont la composition mérite d'être connue avant de rincer quoi que ce soit à grande eau.
Le malentendu du caniveau
Voici l'information qui change le comportement, et qu'une majorité de propriétaires — comme d'ailleurs bien des compagnons — ignore.
Dans la plupart des communes, deux réseaux distincts coexistent sous la voirie. Le réseau d'eaux usées collecte ce qui vient des habitations et le conduit à une station d'épuration. Le réseau d'eaux pluviales collecte la pluie de la voirie et des toitures, et il la rejette directement au milieu naturel : un fossé, une rivière, une mare, parfois un puits d'infiltration.
Autrement dit, la grille du caniveau devant la maison ne mène pas à une station d'épuration. Elle mène à un cours d'eau, sans aucun traitement intermédiaire.
C'est ce qui rend le geste banal du rinçage bien plus lourd de conséquences qu'il n'y paraît. Le code de l'environnement interdit de déverser dans les eaux des substances nuisibles à la vie aquatique, et le déversement d'effluents de chantier dans un réseau public relève par ailleurs, en principe, d'une autorisation du gestionnaire du réseau.
Le corollaire est utile à retenir : si un effluent doit partir quelque part, ce n'est jamais vers une grille de rue, et ce n'est pas davantage vers un regard d'eaux pluviales situé dans le jardin.
Le pH, ce paramètre invisible qui brûle une pelouse
Les eaux de lavage chargées en ciment, en chaux ou en enduit ne sont pas seulement troubles : elles sont fortement alcalines. Une eau de rinçage de bétonnière atteint couramment un pH proche de celui d'un déboucheur ménager.
Cette alcalinité ne se voit pas, ne sent pas, et se dilue lentement. Elle produit deux effets que les propriétaires attribuent souvent à autre chose.
Le premier apparaît au sol : une bande de pelouse jaunie puis morte, au pied de la façade ou à l'endroit où le matériel était rincé. On l'impute au piétinement ou aux bâches ; c'est presque toujours l'eau de lavage.
Le second apparaît sur les surfaces dures : traînées blanchâtres et voiles minéraux sur une terrasse, un pavage ou un mur bas, difficiles à retirer une fois secs. Ce sont les fines qui ont recristallisé, et elles font partie des désordres que l'on retrouve au moment de la remise en état des abords, ce dernier poste si souvent bâclé.
Pour le milieu aquatique, l'effet est plus brutal encore : une eau très alcaline est létale pour la faune d'un fossé ou d'une mare, à des dilutions faibles.
Ce qu'un chantier bien tenu met en place
Les solutions sont simples, peu coûteuses, et parfaitement visibles.
- Un point de lavage unique et défini, à l'écart des grilles, des regards, des points d'eau et des plantations. Le seul fait de laver toujours au même endroit divise déjà le problème.
- Un bac de décantation, qui peut être une simple cuve ou un bac maçonné improvisé. L'eau y repose, les fines tombent au fond, l'eau clarifiée peut être réutilisée pour le lavage suivant. Le dépôt solide, une fois sec, devient un déchet inerte qui part avec les autres.
- Une bâche de récupération sous la zone de rinçage, pour éviter l'infiltration directe dans le sol.
- La réutilisation de l'eau clarifiée pour les rinçages grossiers, ce qui réduit à la fois la consommation et le volume rejeté.
- La séparation des effluents : ce qui provient d'un produit de traitement ne se mélange pas à l'eau de lavage minérale, parce que les deux ne se traitent pas de la même façon.
À quoi ressemble un point de lavage correct
Il n'y a rien de sophistiqué là-dedans, et c'est précisément l'intérêt : aucune entreprise ne peut sérieusement objecter le coût.
On choisit un emplacement plat, à l'écart des grilles, des regards, des plantations et de tout point d'eau. On y étend une bâche, débordant largement, dont les bords sont relevés ou calés de manière à retenir plutôt qu'à conduire. On y pose une cuve ou un grand bac : les fines s'y déposent en quelques heures.
L'eau clarifiée du dessus se réutilise pour les rinçages grossiers du lendemain, ce qui réduit simultanément la consommation et le volume à évacuer. Le dépôt, lui, se laisse sécher. Une fois durci, il se casse et se manipule comme un déchet solide, ce qui est infiniment plus simple que de gérer une boue.
Deux détails font la différence entre un dispositif qui fonctionne et un dispositif décoratif. Le premier est la taille du bac : trop petit, il déborde au premier rinçage de malaxeur, et tout le bénéfice disparaît. Le second est la régularité : un point de lavage n'a d'effet que si tout le monde l'utilise, y compris le compagnon pressé de la fin de journée et l'intervenant extérieur venu pour deux heures.
C'est un point à annoncer au démarrage, au même titre que les horaires et les emplacements, plutôt qu'à corriger au bout de trois semaines.
Ce qui se passe quand il pleut
La pluie modifie complètement l'équation, et dans un sens rarement anticipé.
Un produit appliqué juste avant une averse ne reste pas sur le mur : il ruisselle. Ce qui devait agir sur la façade se retrouve au sol, en une seule fois et à concentration élevée — soit exactement le contraire du résultat recherché, sur les deux plans. C'est la raison pour laquelle un chantier attentif consulte la météo avant d'appliquer un traitement, et décale plutôt que de forcer.
La pluie lessive également les surfaces et les dépôts laissés à l'air libre. Un tas de gravats d'enduit stocké à découvert produit, à chaque averse, son propre effluent alcalin qui part directement vers le point bas du terrain. Bâcher un dépôt n'est donc pas seulement une question d'aspect.
Enfin, une averse pendant une phase de lavage augmente brutalement le volume à gérer et peut faire déborder un bac de décantation correctement dimensionné par temps sec. Le réflexe utile consiste à vider et à sécuriser le point de lavage avant un épisode pluvieux annoncé, plutôt qu'à constater le lendemain que tout est parti.
Ces dispositions relèvent de la même famille que celles qui gouvernent le stockage des matériaux, dont l'emplacement a des conséquences techniques : il s'agit de décider d'un emplacement plutôt que de laisser l'usage se former tout seul.
Le devenir des dépôts, lui, rejoint la question générale des .
Le cas des produits de nettoyage et des hydrofuges
Ces produits méritent un traitement distinct, pour une raison simple : ils sont conçus pour agir, et ils agissent.
Un nettoyant façade anti-mousses contient un biocide. Appliqué sur une façade, il ruisselle. La question n'est donc pas de savoir s'il atteindra le sol, mais où. Un chantier attentif protège le pied de façade, éloigne l'écoulement des zones sensibles, et évite l'application juste avant une forte pluie — laquelle emporterait le produit vers le réseau au lieu de le laisser agir.
Un hydrofuge ou un imperméabilisant se comporte différemment selon qu'il est en phase aqueuse ou solvantée. Les résidus de nettoyage des outils utilisés avec des produits solvantés ne s'évacuent pas à l'eau et relèvent d'une filière de déchets spécifique.
Dans les deux cas, un document existe et se demande : la fiche de données de sécurité du produit employé. L'entreprise en dispose ; elle indique la nature du produit, les précautions d'emploi et les consignes d'élimination. La demander n'a rien d'inquisitorial : c'est le document de référence pour savoir ce qui coule sur votre terrain.
Une précaution supplémentaire s'impose sur un support ancien. Décaper à grande eau une peinture dont on ignore la composition revient à disperser dans le jardin ce qu'on ne veut justement pas y voir. C'est l'une des raisons pour lesquelles les repérages préalables se font avant de choisir la méthode, et non après.
Ce que le propriétaire observe
Le contrôle ne demande aucune compétence et prend une minute.
- Où le matériel est-il lavé ? Un endroit identifiable existe-t-il, ou chacun rince là où il se trouve ?
- Y a-t-il un bac, une cuve, une bâche ? Ou l'eau part-elle au sol ?
- Que voit-on autour des grilles et des regards ? Des traînées blanches ou grises sur le trottoir ou le caniveau sont un indice sans ambiguïté.
- La végétation au pied de la zone de lavage a-t-elle jauni depuis le démarrage ?
- Les fonds de seau sont-ils vidés dans un bac, ou dans le massif le plus proche ?
- Les bidons sont-ils refermés et stockés à l'abri de la pluie ?
Une entreprise qui a défini un point de lavage et posé un bac a réfléchi à la question. Une entreprise qui rince dans le caniveau ne l'a pas fait — non par malveillance, mais parce que personne ne la lui a jamais posée.
Ces observations recoupent directement les critères décrits dans ce qu'un chantier propre veut dire concrètement, et ses douze points observables.
Les situations qui demandent une vigilance renforcée
Quatre configurations transforment un enjeu ordinaire en enjeu sérieux.
La présence d'un puits, d'un forage ou d'une source sur le terrain ou à proximité, particulièrement si l'eau sert à l'arrosage ou à un usage domestique.
La proximité immédiate d'un fossé, d'une mare ou d'un cours d'eau, y compris temporaire : un fossé sec en été conduit l'eau en hiver.
L'existence d'un potager ou d'un verger au pied de la façade traitée, ce qui concerne aussi bien les eaux de lavage que les produits appliqués.
Enfin, une installation d'assainissement individuel : filtre à sable, fosse, épandage. Y déverser des effluents de chantier perturbe un équilibre biologique et peut endommager durablement l'installation.
Dans ces quatre cas, le sujet mérite d'être abordé explicitement avant le démarrage, et la réponse de l'entreprise consignée par écrit avec les autres décisions d'organisation.
Questions fréquentes
Puis-je laisser rincer le matériel sur ma pelouse ?
C'est déconseillé pour deux raisons distinctes. L'alcalinité des eaux de lavage minérales détruit le gazon sur la zone concernée, souvent durablement. Et l'infiltration directe dans le sol ne constitue pas un traitement : elle déplace simplement le problème sous la surface. Un bac de décantation coûte peu et règle les deux.
L'eau de nettoyage sous pression est-elle vraiment un problème ?
Cela dépend entièrement de ce qui a été appliqué avant. Un simple lavage à l'eau claire d'un support sain produit un effluent chargé en particules mais peu agressif chimiquement. Un lavage qui suit l'application d'un produit anti-mousses entraîne le biocide avec lui, ce qui est une tout autre situation.
Qui est responsable si un rejet pollue un fossé ?
L'entreprise, en tant qu'auteur du rejet et professionnelle de son activité. La question devient toutefois moins confortable pour le propriétaire lorsque le rejet a lieu sur son terrain et qu'il en a été témoin sans rien dire. Signaler par écrit ce que l'on constate est une précaution simple.
Faut-il une autorisation pour rejeter des eaux de chantier ?
Le déversement d'effluents autres que domestiques dans un réseau public n'est pas libre et relève en principe d'une autorisation du gestionnaire. Sur un chantier de maison individuelle, la démarche pertinente n'est pas de demander cette autorisation, mais d'organiser le chantier pour ne pas avoir à rejeter : décantation, réutilisation, évacuation des dépôts solides en déchet.
Le dépôt sec du bac peut-il partir avec les gravats ?
Oui, dans la plupart des cas : un dépôt issu d'eaux de lavage minérales — enduit, mortier, chaux, ciment — constitue un déchet inerte, qui suit la même destination que les gravats du chantier. La réponse change si le bac a servi à rincer des outils utilisés avec des peintures, des hydrofuges solvantés ou des produits de traitement : le dépôt relève alors de leur propre filière, et c'est encore la fiche de données de sécurité qui l'indique. D'où l'intérêt de ne pas mélanger les effluents dans un même bac.
Comment savoir ce que contient le produit employé ?
En demandant la fiche de données de sécurité à l'entreprise. C'est un document normalisé, qu'elle doit détenir pour les produits qu'elle met en œuvre, et qui précise la composition, les précautions et les consignes d'élimination.
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