la rédaction · 16 min de lecture
Le coordonnateur sécurité sur un chantier de façade : ce qu'il change
Dès que deux entreprises interviennent sur la même façade, le risque naît là où ni l'une ni l'autre ne regarde. Ce qu'un coordonnateur SPS change, et qui le paie.
Conservation correspondent
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Sur un chantier de façade mené par une seule entreprise, la sécurité a un responsable évident : celle qui monte l'échafaudage est aussi celle qui travaille dessus. Elle connaît son matériel, elle connaît ses compagnons, et si quelque chose ne va pas, on sait à qui parler.
Le problème apparaît dès qu'il y a deux entreprises. L'une monte l'échafaudage, l'autre l'utilise. L'une applique un enduit, l'autre pose des menuiseries au même moment, deux niveaux plus bas. L'une découpe, l'autre stocke ses bidons juste en dessous. Chacune est compétente et prudente pour son propre compte, et le risque naît précisément dans l'espace que personne ne considère comme le sien.
C'est à ce problème-là que répond la coordination en matière de sécurité et de protection de la santé — la coordination SPS, dont l'exercice est confié à un coordonnateur désigné par le maître d'ouvrage. Cet article explique ce qu'un coordonnateur change concrètement sur un chantier de ravalement, quand la question se pose, ce qu'il produit, et qui le paie.
À quel problème il répond exactement
La coordination SPS ne double pas les entreprises sur leur propre travail. Chaque entreprise reste responsable de la sécurité de ses salariés, de son matériel et de ses modes opératoires. Le coordonnateur intervient sur ce qu'on appelle les risques d'interférence : ceux qui naissent de la coprésence de plusieurs intervenants.
Ils se rangent en trois familles, et un chantier de façade les produit toutes les trois.
Les risques de superposition. Quelqu'un travaille au-dessus de quelqu'un d'autre. Sur une façade, c'est la situation par défaut : un compagnon sur un plancher haut, un autre au pied, un troisième dans la zone de manutention. Un outil qui tombe, une projection d'enduit, un bidon posé au bord du plancher deviennent des accidents parce que quelqu'un est en dessous.
Les risques de succession. Une entreprise laisse une situation qu'une autre découvre. Un garde-corps déposé pour poser une menuiserie et non remonté. Un ancrage retiré. Une trappe ouverte. Un échafaudage modifié la veille par une équipe pour ses besoins, et repris le lendemain par une autre qui n'était pas là.
Les risques d'installations communes. L'échafaudage, l'alimentation électrique, la base vie, la benne, le stockage : autant d'équipements que plusieurs entreprises utilisent et qu'aucune n'a intégralement en charge.
Quand la question se pose sur un ravalement
Une seule entreprise, aucun sous-traitant
C'est le cas le plus simple, et de loin le plus fréquent sur une maison individuelle. Une entreprise de façade fait tout : elle monte, elle traite, elle démonte. Il n'y a pas d'interférence, et la question du coordonnateur ne se pose pas dans les mêmes termes.
Attention toutefois : la sous-traitance compte. Une entreprise de façade qui fait appel à un monteur d'échafaudage extérieur ou à un applicateur spécialisé crée déjà une situation de coactivité. La question à poser au moment du devis est donc factuelle : « qui interviendra sur ce chantier, entreprise par entreprise, y compris vos sous-traitants ? »
Deux corps d'état, la situation courante
C'est le cas dès qu'on profite de l'échafaudage pour faire autre chose : changer les fenêtres, reprendre une couverture, poser une gouttière, faire intervenir un couvreur sur les rives, un électricien sur les descentes, un poseur de panneaux solaires. C'est une occasion économiquement rationnelle, développée dans l'article sur les autres travaux qu'on peut mener depuis le même échafaudage — et c'est aussi le moment où la coordination devient un vrai sujet, comme l'explique deux entreprises sur le même chantier.
La copropriété et le bâtiment collectif
Sur un immeuble, l'opération est presque toujours multi-entreprises, et le syndic ou le maître d'œuvre gère la question comme un point normal du dossier. Le coordonnateur y est une figure connue, il assiste aux réunions, il produit ses documents, et son coût figure au budget voté. Le cadre général est décrit dans ravalement en copropriété.
Le cas du particulier qui fait travailler chez lui
Il existe un régime spécifique pour les opérations réalisées pour le compte d'un particulier, pour son usage personnel ou celui de sa famille proche. Je n'en écrirai pas ici les contours exacts : la question de savoir qui, dans ce cas, assure la coordination, et à quelles conditions, relève des textes du code du travail consacrés à la coordination SPS, et se lit dans le texte, pas dans un souvenir de chantier.
Ce que je peux vous dire avec certitude, c'est où obtenir la réponse pour votre cas : auprès d'un coordonnateur SPS établi, qui vous répondra en général gratuitement par téléphone parce que c'est son métier ; auprès de votre maître d'œuvre ou architecte, s'il y en a un ; auprès de l'organisme de prévention du bâtiment compétent dans votre département. Posez la question ainsi : « opération de ravalement, tel type de bâtiment, tel nombre d'entreprises prévues, durée estimée, effectif estimé — la coordination SPS s'applique-t-elle, et sous quelle forme ? » Ces quatre données suffisent à obtenir une réponse nette.
Ce que je peux ajouter, c'est que la question de l'obligation n'épuise pas celle de l'utilité. Sur une opération complexe, un coordonnateur peut être utile même là où il n'est pas requis.
Ce qu'un coordonnateur n'est pas
Une bonne part des malentendus vient de ce qu'on attend de lui.
Ce n'est pas un contrôleur de qualité. Il ne juge ni la tenue d'un enduit, ni le respect du devis, ni la teinte. Un défaut d'aspect ne le concerne pas.
Ce n'est pas un maître d'œuvre. Il ne dirige pas les travaux, ne valide pas les situations de paiement, ne pilote pas le planning — même s'il donne son avis sur l'ordre des interventions quand la sécurité l'exige.
Ce n'est pas l'inspection du travail. Il n'a pas de pouvoir de sanction. Son levier est l'écrit et l'alerte : il consigne, il informe, il propose, et si rien ne bouge, il alerte le maître d'ouvrage puis, le cas échéant, l'autorité compétente.
Il ne remplace pas la responsabilité des entreprises. Chacune reste tenue de protéger ses propres salariés.
Et il ne travaille pas pour vous contre elles. Il travaille pour la sécurité de l'opération, ce qui inclut de vous dire, à vous maître d'ouvrage, que votre demande d'accélérer le planning crée un risque.
Ce qu'il produit, et à quoi ça sert
Le coordonnateur laisse une trace écrite, et c'est cette trace qui fait la différence entre une coordination réelle et une signature de complaisance.
Le plan général de coordination
C'est le document qui organise la sécurité commune de l'opération. Il décrit les installations partagées, les modalités d'accès, l'usage de l'échafaudage, les circulations, les zones de stockage, la gestion des déchets, les mesures pour les tiers, et les principales interférences prévisibles avec les mesures qui les traitent.
Ce document n'est pas un formulaire : il devrait ressembler à votre chantier, avec vos contraintes d'accès et votre configuration. Un plan général de coordination qui ne mentionne ni la rue, ni la mitoyenneté, ni la façon dont on accède à l'arrière du bâtiment n'a probablement pas été écrit pour vous.
Les plans particuliers des entreprises
Chaque entreprise concernée établit son propre document, qui décrit ses modes opératoires, ses risques et les protections qu'elle met en œuvre, en réponse au plan général. Le coordonnateur les recueille et les harmonise — c'est là qu'apparaissent les contradictions, du type : l'un prévoit de meuler quand l'autre prévoit d'appliquer un produit inflammable.
Le registre-journal de la coordination
C'est le carnet de bord de la coordination : visites, observations, comptes rendus, courriers, alertes. Il est daté et il s'accumule.
Sa valeur est simple : il constitue la mémoire de ce qui a été signalé et de ce qui a été fait. Si un incident survient, c'est le premier document qu'on ouvre. Il joue pour la sécurité le rôle que joue le carnet de chantier pour le suivi général.
Le dossier d'intervention ultérieure sur l'ouvrage
C'est le document le plus intéressant pour vous à long terme, et le plus systématiquement négligé. Il rassemble ce dont aura besoin la prochaine personne qui interviendra sur le bâtiment, dans dix ou vingt ans, pour le faire en sécurité.
Sur une façade, il contient typiquement : la position et la nature des ancrages laissés dans le mur, les points d'accroche disponibles, les moyens d'accès en hauteur, les particularités de la structure, la nature des matériaux mis en œuvre, la présence éventuelle de matériaux nécessitant des précautions, et les contraintes d'accès de la parcelle.
Ce dossier vous est remis en fin d'opération, et il se conserve avec les titres de propriété. Il fait partie de ce que l'entreprise et la maîtrise d'œuvre laissent derrière elles, avec le reste du dossier de fin de chantier. Quand vous revendrez, ou quand vous referez la façade, il vaudra son prix.
Ce qu'il change au quotidien sur une façade
L'échafaudage devient un ouvrage commun
C'est le changement le plus visible. Quand plusieurs entreprises utilisent le même échafaudage, il cesse d'appartenir à celle qui l'a monté et devient une installation commune. Cela impose de trancher, par écrit, une série de questions que personne ne pose autrement :
- qui a monté l'échafaudage, et selon quelle configuration ?
- qui a le droit de le modifier, et qui n'a pas ce droit ?
- que fait-on quand une entreprise a besoin de déposer un garde-corps pour passer une menuiserie ?
- qui vérifie l'état de la structure, et à quelle fréquence ?
- quelle charge chaque plancher accepte-t-il, et qui le sait ?
- qui ferme l'accès le soir ?
Ces questions sont détaillées dans l'échafaudage : sécurité, responsabilités et accès hors horaires. Le coordonnateur ne fait pas qu'y répondre : il fait en sorte que la réponse soit écrite et connue de tous, y compris de l'équipe qui arrive trois semaines après le montage.
Les installations communes
L'alimentation électrique, le point d'eau, la base vie, les sanitaires, la benne, la zone de stockage. Chacun de ces équipements doit avoir un propriétaire désigné et des règles d'usage. Sans coordination, on aboutit à la situation classique : trois entreprises utilisent le même coffret électrique, aucune ne l'a vérifié, et personne ne sait qui l'a branché.
L'ordre des interventions
Certaines successions sont mauvaises et se corrigent sur le papier plutôt que sur le chantier. Appliquer un hydrofuge en phase solvant le jour où un autre corps d'état meule à l'étage. Démonter l'échafaudage avant que le poseur de gouttières soit passé. Faire descendre les gravats par une goulotte pendant qu'une équipe travaille au pied.
Le coordonnateur regarde le planning sous cet angle, et c'est un angle que le planning ordinaire ne prend pas : celui-ci sert d'abord à tenir des délais.
Les visites
Le coordonnateur passe sur le chantier, pas seulement en réunion. Il regarde ce qui est monté, ce qui est stocké, ce qui est protégé, ce qui traîne. Il consigne. Ce qu'il voit rejoint largement ce qu'un propriétaire attentif voit lui-même depuis chez lui, décrit dans sécurité des compagnons : ce qu'un propriétaire voit depuis chez lui — à ceci près qu'il a le vocabulaire, la légitimité et l'écrit.
Qui le désigne, qui le paie, comment le choisir
C'est le maître d'ouvrage qui le désigne, c'est-à-dire celui pour le compte de qui les travaux sont faits : vous, le syndicat des copropriétaires, la collectivité, le bailleur. Ce n'est pas l'entreprise, et une entreprise qui vous propose « son » coordonnateur mérite au minimum une question sur les liens entre les deux.
C'est le maître d'ouvrage qui le paie. Sa mission fait l'objet d'un contrat propre, distinct des marchés de travaux. Sur une opération de copropriété, la dépense figure au budget des travaux et se répartit comme le reste.
Je ne donnerai pas d'ordre de grandeur de prix : il dépend de la durée de l'opération, du nombre d'entreprises, du nombre de visites prévues et de la complexité du site. La bonne méthode est celle de tout devis : demandez-en deux ou trois, et demandez qu'ils détaillent le nombre de visites, la présence ou non en phase conception, et les documents livrés. Un devis de coordination qui ne chiffre pas les visites ne vous dit rien de ce que vous achetez.
Pour le choisir, trois questions utiles : a-t-il déjà coordonné des opérations de façade avec échafaudage sur bâtiment occupé ? Combien de visites prévoit-il, et à quels moments du planning ? Remet-il le dossier d'intervention ultérieure sur l'ouvrage, et sous quelle forme ?
S'il n'y en a pas alors qu'il en faudrait
Deux conséquences, l'une immédiate, l'autre différée.
L'immédiate est le risque lui-même : les interférences existent, coordonnées ou non, et un chantier multi-entreprises sans organisation commune fabrique des situations dangereuses. La plupart passent inaperçues ; celles qui ne passent pas inaperçues sont graves.
La différée est juridique et assurantielle. En cas d'accident, l'absence de coordination là où elle s'imposait est examinée, et elle engage le maître d'ouvrage — c'est-à-dire vous. C'est l'une des rares situations où une négligence d'organisation se retourne directement contre le propriétaire, y compris quand il n'était pas sur place.
Si un accident survient malgré tout, les premiers gestes sont les mêmes avec ou sans coordonnateur, et ils sont décrits dans un accident sur le chantier de façade. La différence est que, avec coordonnateur, il existe un registre où tout ce qui avait été signalé auparavant est écrit et daté.
Ce que vous pouvez lui demander
Un coordonnateur est une ressource, pas seulement une obligation. Quatre demandes légitimes.
- Le plan général de coordination, une fois écrit. Lisez-le : vous y apprendrez comment votre chantier est censé fonctionner.
- Un compte rendu de chaque visite, même bref. Cela vous dit ce qui a été vu et ce qui a été demandé.
- Un avis sur une modification que vous envisagez : ajouter un corps d'état, avancer une date, laisser l'échafaudage plus longtemps.
- Le dossier d'intervention ultérieure sur l'ouvrage, en fin de mission, en version numérique et papier, avec les photos et les repérages d'ancrages.
Et une chose à ne pas lui demander : d'arbitrer un différend de qualité ou de prix avec l'entreprise. Ce n'est pas son rôle, et le lui demander affaiblit sa position sur ce qui l'est.
Questions fréquentes
Faut-il un coordonnateur pour un simple ravalement de maison individuelle par une seule entreprise ?
La coordination SPS répond à la coactivité de plusieurs entreprises ; avec une seule entreprise et sans sous-traitance, la situation n'est pas la même. Mais la réponse précise dépend de votre configuration exacte et du régime applicable à votre opération, et elle se vérifie plutôt qu'elle ne se devine. Appelez un coordonnateur SPS de votre secteur avec quatre informations — type de bâtiment, nombre d'entreprises et sous-traitants prévus, durée, effectif estimé — et vous aurez une réponse en cinq minutes. Vérifiez surtout qu'il n'y a réellement qu'une entreprise : le monteur d'échafaudage est très souvent un tiers.
L'entreprise peut-elle assurer elle-même la coordination ?
Poser la question, c'est déjà voir le problème : la coordination consiste notamment à arbitrer entre des entreprises, ce qui suppose de ne pas en être une. Selon les cas et les régimes applicables, des configurations particulières existent, mais elles obéissent à des conditions précises qu'il faut se faire confirmer par écrit plutôt que sur parole. Si une entreprise vous propose de « s'occuper de tout ça », demandez-lui de vous préciser à quel titre, et faites vérifier la réponse par un tiers.
Le coordonnateur peut-il arrêter le chantier ?
Il n'a pas ce pouvoir directement. Ce qu'il a, c'est le devoir d'observer, de consigner et d'alerter — le maître d'ouvrage d'abord, puis les autorités compétentes si rien ne change. En pratique, une observation écrite au registre-journal, suivie d'un courrier au maître d'ouvrage, produit un effet rapide, parce qu'aucune entreprise ni aucun maître d'ouvrage n'a intérêt à laisser une alerte écrite sans réponse. Vous, en revanche, pouvez demander l'arrêt du chantier, et il y a des situations où c'est justifié.
Que contient exactement le dossier remis en fin de mission ?
Le dossier d'intervention ultérieure sur l'ouvrage rassemble ce qu'il faudra savoir pour intervenir plus tard en sécurité : moyens d'accès en hauteur, points d'ancrage et d'accroche laissés en place avec leur repérage, nature des matériaux mis en œuvre, particularités de structure, contraintes d'accès. Sa forme varie ; sa qualité aussi. Demandez qu'il soit remis avec des photos repérées et un plan de façade coté, et rangez-le avec vos documents de propriété plutôt que dans le tiroir du chantier.
Sur une copropriété, qui suit la coordination au quotidien ?
Le syndic pour le compte du syndicat des copropriétaires, en lien avec le maître d'œuvre s'il y en a un. Les observations du coordonnateur remontent normalement en réunion de chantier et se retrouvent au compte rendu, ce qui les rend consultables par tout copropriétaire qui le demande. Si vous êtes membre du conseil syndical, demandez que les comptes rendus de visite du coordonnateur soient joints aux comptes rendus de chantier : c'est le meilleur moyen de savoir si la coordination existe réellement ou seulement sur le contrat.
Le coordonnateur remplace-t-il les documents que l'entreprise doit avoir sur place ?
Non, il s'ajoute. Les assurances, les qualifications, les documents relatifs à l'échafaudage et aux produits restent dus par l'entreprise, comme le rappelle les documents qu'un chantier doit avoir sur place. Le coordonnateur, lui, produit et détient les documents de la coordination : plan général, registre-journal, dossier d'intervention ultérieure. Un chantier bien tenu a les deux séries sur place, dans le même classeur, et sait qui les met à jour.
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