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Main Propre

la rédaction · 16 min de lecture

Profiter de l'échafaudage pour d'autres travaux : ce qui se règle

Gouttière, souche de cheminée, antenne : faire monter un tiers sur un ouvrage qui n'est pas le sien se règle avant. Autorisation, assurance, planning, état rendu.

L'idée vient toujours au même moment : l'échafaudage est monté, il court sur toute la façade, il monte jusqu'à l'égout du toit, et le propriétaire lève les yeux. La gouttière est fatiguée. Deux tuiles ont glissé. Le solin de la souche de cheminée s'effrite. L'antenne pend. Et l'on se dit, très logiquement, qu'il serait absurde de payer une seconde fois un accès en hauteur dans six mois.

L'intuition est juste : l'échafaudage est un poste coûteux, et le monter une seule fois pour deux ou trois travaux est une vraie économie. Mais faire intervenir un tiers sur un ouvrage qui ne lui appartient pas ne s'improvise pas. Ce n'est pas une question de bonne volonté entre gens raisonnables : c'est une question de propriété de l'ouvrage, d'assurance, d'adéquation technique et de responsabilité en cas d'accident. Voici ce qui se règle, dans quel ordre, et avec qui.

Ce qu'on veut faire, et ce que ça change

Les travaux qui viennent naturellement se greffer

Presque tous concernent la jonction entre le mur et le toit, c'est-à-dire précisément la bande qu'un échafaudage de ravalement dessert :

  • la zinguerie : gouttières, descentes, chéneaux, naissances, crochets ;
  • la couverture de rive : tuiles ou ardoises de bord, closoirs, rives scellées ;
  • les souches de cheminée : solins, mitrons, enduit de souche, chapeau ;
  • le démoussage ou le nettoyage de toiture ;
  • les menuiseries : remplacement de fenêtres, pose de volets, dépose d'anciens dormants ;
  • les réseaux aériens : antenne, parabole, arrivée de fibre, câble d'éclairage extérieur ;
  • les bardages, habillages de rive, lambrequins ;
  • une isolation par l'extérieur partielle, quand elle n'était pas au marché initial.

La différence entre « en profiter » et « faire deux chantiers »

Il y a deux situations très différentes, et les confondre est la source de la plupart des ennuis.

Dans la première, l'entreprise de façade réalise elle-même le travail supplémentaire, ou le confie à son propre sous-traitant. Elle reste l'unique interlocuteur, l'ouvrage reste sous sa maîtrise, et le travail supplémentaire devient un avenant à votre marché. C'est de loin le cas le plus simple.

Dans la seconde, une entreprise tierce, avec laquelle vous avez un contrat séparé, monte sur un échafaudage qui ne lui appartient pas. Là, tout se complique : deux marchés, deux assurances, deux plannings, et un ouvrage partagé. Rien d'insurmontable, mais rien d'automatique non plus.

Cette seconde configuration relève de la coexistence de deux entreprises sur un même chantier, avec les questions de coordination qu'elle soulève : voir deux entreprises sur le même chantier.

La première question : à qui appartient l'échafaudage ?

Trois cas de figure

L'entreprise de façade est propriétaire de son matériel. C'est fréquent chez les artisans et les petites structures. Elle décide seule, mais elle décide en connaissance de cause : le matériel est le sien, et un dommage l'atteint directement.

L'entreprise loue l'échafaudage à un loueur. Le contrat de location la lie, et il comporte souvent des clauses sur l'usage, la sous-location et la mise à disposition de tiers. Le façadier ne peut pas prêter librement ce qu'il n'a fait que louer : il doit d'abord vérifier son propre contrat.

Le montage a été confié à une entreprise spécialisée d'échafaudage. Le monteur reste alors responsable de la structure et de ses vérifications ; c'est lui, et personne d'autre, qui la modifie.

Dans tous les cas, la question se pose au propriétaire dans les mêmes termes : à qui dois-je demander l'autorisation, et qui a le pouvoir de la donner ? Posez-la telle quelle. La réponse détermine tout le reste, et elle prend trente secondes.

Ce qui se demande, et à qui

Concrètement, à l'entreprise de façade :

  • l'échafaudage est-il votre propriété, loué, ou monté par un tiers ?
  • si loué : votre contrat autorise-t-il l'usage par une entreprise extérieure ?
  • acceptez-vous de le mettre à disposition, et à quelles conditions ?
  • qui reste responsable de la structure pendant cet usage ?
  • que se passe-t-il si l'intervenant l'endommage ou le modifie ?

Notez les réponses. Elles n'ont de valeur qu'écrites, ne serait-ce que dans un courriel récapitulatif que personne ne conteste.

Les vérifications de l'ouvrage, et qui détient les papiers

Un échafaudage n'est pas un objet neutre. Sa mise en service, son état et son maintien en conformité font l'objet de contrôles, et ces contrôles laissent une trace écrite. Cette trace existe : elle est détenue par l'entreprise qui a monté l'ouvrage, et elle se demande.

Ce que vous devez savoir sans avoir besoin de connaître le détail des textes : il n'appartient ni au propriétaire ni à l'intervenant extérieur de décider qu'un échafaudage est en état de service. Cette appréciation revient à celui qui l'a monté et qui en a la garde.

Ne vous contentez donc pas d'un accord oral entre deux artisans qui se connaissent. Demandez à l'entreprise de façade quels documents elle détient sur l'échafaudage, à quelle date remonte la dernière vérification, et qui la refait si l'ouvrage est modifié pour les besoins du tiers. La question des documents présents sur un chantier, de ce qu'ils recouvrent et de qui peut les réclamer est développée dans les documents qu'un chantier doit avoir sur place.

Et un point qui ne souffre aucune discussion : personne ne modifie un échafaudage en dehors de ceux qui l'ont monté. Retirer un garde-corps pour passer une gouttière, déplacer un plancher, ôter une lisse « cinq minutes » — c'est le geste par lequel arrivent les accidents. Si l'accès est insuffisant pour le travail prévu, c'est l'échafaudage qu'on adapte, par son monteur, avec les vérifications qui s'ensuivent.

L'adéquation technique : un échafaudage n'est pas universel

Il est calé pour la façade, pas pour le toit

Un échafaudage de ravalement est monté pour desservir un mur. Le dernier plancher est généralement calé pour travailler confortablement le haut du mur, pas pour travailler sur la couverture. Un couvreur, lui, a besoin d'un plancher positionné par rapport à l'égout, et souvent d'une protection en rive de toiture qui n'a aucune raison d'exister sur un chantier de façade.

La conséquence pratique est simple : dans beaucoup de cas, l'échafaudage devra être adapté, pas seulement prêté. Console supplémentaire, plancher relevé, garde-corps de toiture, recette à matériaux : chacun de ces ajouts est un travail de monteur, avec un coût, un délai et une nouvelle vérification.

La charge admissible

Un échafaudage est dimensionné pour une charge donnée par plancher. Un façadier y pose des seaux et des sacs ; un couvreur peut vouloir y stocker des palettes de tuiles, ce qui n'est pas du tout la même chose. La charge admissible n'est pas une notion vague : elle est propre à l'échafaudage monté, à sa configuration et à son calage. Elle ne se devine pas, elle se demande au monteur, et elle est indiquée sur la documentation de l'ouvrage.

Le sujet dépasse d'ailleurs l'intervention des tiers : ce qui reste stocké sur les planchers en fin de journée obéit à la même logique, et pose les mêmes questions de charge et de chute d'objet.

L'accès, et la question des horaires

L'échafaudage de votre chantier n'est pas un ouvrage public. Il a des règles d'accès, une échelle d'accès parfois condamnée le soir, et une consigne sur qui peut y monter. Faire intervenir un tiers, c'est ouvrir cet accès à des personnes que l'entreprise de façade ne connaît pas et qu'elle ne surveille pas. Les règles d'accès, la sécurisation du bas de l'échelle et la question des heures non ouvrées sont traitées dans échafaudage : sécurité, responsabilités et accès hors horaires.

L'assurance : le point qu'on saute et qu'on regrette

Ce qui se demande à l'intervenant extérieur

Avant qu'un tiers ne pose le pied sur le premier barreau, demandez-lui son attestation d'assurance de responsabilité civile professionnelle en cours de validité, et lisez deux choses dessus : la période couverte, et la nature des activités déclarées.

Ce dernier point est le plus souvent négligé. Une attestation en règle mais qui ne mentionne pas l'activité réellement exercée n'a pas la portée qu'on lui prête. Un artisan qui déclare la pose de gouttières et qui vient reprendre une souche de cheminée n'est pas nécessairement couvert pour ce qu'il fait chez vous.

Si les travaux relèvent d'une garantie décennale, demandez également l'attestation correspondante. Là encore : la date, et les activités listées.

Ce qui se demande à l'entreprise de façade

Symétriquement, l'entreprise de façade doit savoir que son ouvrage sera utilisé par un tiers, et l'accepter. Un usage non déclaré peut la placer en porte-à-faux vis-à-vis de son propre assureur ou de son loueur. Un accord écrit, même bref, protège tout le monde — y compris vous.

Ce que l'écrit doit dire

Une mise à disposition d'échafaudage se formalise en quelques lignes, qui suffisent dans la plupart des cas :

  • qui met à disposition, et à qui ;
  • pour quelle durée exacte, du jour au jour ;
  • pour quelle partie de l'ouvrage — telle façade, tel niveau, pas l'ensemble ;
  • dans quel état il est remis, avec des photos ;
  • qui répond des dommages causés à la structure ;
  • qui répond des dommages causés au bâtiment par l'intervenant ;
  • ce qui se passe si l'intervention déborde sur le planning du façadier.

Le planning : l'ordre technique commande

Le toit avant la finition du mur

C'est la règle la plus importante de tout cet article, et elle est purement technique. Un travail de couverture ou de zinguerie doit précéder la finition de la façade, jamais la suivre.

Les raisons sont évidentes une fois énoncées : un couvreur qui circule au-dessus d'un enduit fini laisse tomber des débris, des éclats de mortier et de la poussière sur une surface fraîche ; une soudure de zinc projette ; une dépose de gouttière peut arracher un morceau de rive. Faire intervenir le zingueur après la mise en teinte, c'est acheter des retouches.

L'ordre logique est donc : dépose des ouvrages de rive, travaux de couverture et de zinguerie, puis préparation du support, puis corps d'enduit, puis finition, puis repose. Les points d'arrêt correspondants doivent apparaître au planning.

La fenêtre d'intervention

Un intervenant extérieur ne « passe pas quand il peut ». Il passe dans une fenêtre annoncée, calée avec le conducteur de travaux du façadier, et tenue. Une journée d'intervention non tenue décale la préparation du support et coûte, en cascade, plusieurs jours.

Demandez donc à l'intervenant une date ferme, pas une semaine indicative, et faites-la inscrire au planning au même titre que les autres jalons : la mécanique des jalons, des marges et des retards est décrite dans le planning d'un chantier de façade.

Qui paie l'immobilisation

Si l'intervention du tiers prolonge la durée pendant laquelle l'échafaudage reste monté, quelqu'un paie cette prolongation. Ce n'est pas automatiquement le façadier, et ce n'est pas automatiquement vous.

Réglez la question avant, pas après. Trois formulations possibles, à choisir explicitement : la prolongation est incluse et sans supplément ; elle est facturée à la journée sur une base annoncée à l'avance ; ou l'intervention doit tenir dans le délai déjà prévu, sans prolongation possible. Ne laissez pas ce point flotter : c'est exactement le genre d'ajustement en cours de chantier qui doit passer par un avenant écrit, comme le décrit aléas et avenants.

L'état rendu, et les dégâts

L'état des lieux entre intervenants

Avant l'intervention du tiers, une série de photos de l'échafaudage et des parties déjà réalisées. Après, la même série. C'est court, et c'est ce qui permet de dire, sans dispute, qui a cassé quoi.

Le même principe vaut pour le bâtiment lui-même : si le zingueur travaille au-dessus d'un mur déjà préparé, l'état de ce mur avant son passage doit être documenté.

Qui répond de quoi

La règle de bon sens, qui doit être écrite : chacun répond de ce qu'il fait. Le tiers répond des dommages qu'il cause à la structure, au bâtiment et aux ouvrages déjà réalisés. Le façadier reste responsable de la structure elle-même et de son état de service. Vous, propriétaire, restez celui qui a organisé la cohabitation — raison de plus pour l'avoir organisée par écrit.

Le démontage, moment de vérité

Au démontage, on découvre parfois qu'une lisse a été tordue, qu'un plancher manque, qu'un ancrage a été déplacé. On découvre aussi l'état de la bande de mur qui était masquée par l'échafaudage, et celui des ouvrages de rive repris par le tiers. C'est le dernier moment où le contrôle est facile, et il ne se rattrape pas : ce qui se vérifie à cet instant précis est détaillé dans le démontage de l'échafaudage.

Ce qui ne se greffe pas, ou mal

Toutes les idées ne sont pas bonnes, et quelques-unes méritent d'être écartées tôt.

Les travaux longs. Un remplacement complet de couverture n'est pas un travail « qu'on glisse » dans un chantier de façade : il mobilise l'échafaudage pendant des semaines, impose une protection de la maison ouverte au ciel, et bouleverse l'ordre des opérations. Si le toit est à refaire, c'est le ravalement qui doit se caler sur la couverture, et non l'inverse — donc un projet à repenser en amont, pas un ajout.

Les travaux qui remouillent le mur. Un démoussage de toiture à l'eau, un nettoyage de gouttières au jet, un rinçage de souche : tout cela envoie de l'eau chargée sur un mur en cours de traitement. À faire avant la préparation du support, jamais entre le corps d'enduit et la finition.

Les travaux qui mettent la maison hors d'eau. Déposer une verrière, ouvrir une trémie de fenêtre de toit, retirer une souche : ce sont des opérations qui laissent le bâtiment vulnérable à une averse. Elles se planifient sur une fenêtre météo, avec un dispositif de bâchage prêt, ce qui n'a rien d'un ajout de dernière minute.

Les travaux mal définis. « Pendant que vous y êtes, vous pourriez regarder la cheminée » n'est pas une commande. Un travail supplémentaire se décrit, se chiffre et se date, sinon il devient une source de litige à la réception : personne ne se souvient de ce qui avait été convenu, et le montant apparaît sur la facture finale.

Le bilan à faire avant de dire oui

Trois questions suffisent à trancher, dans cet ordre.

Premièrement : le travail supplémentaire doit-il vraiment se faire depuis cet échafaudage ? Certaines interventions se font aussi bien depuis une nacelle, une échelle de couvreur ou par l'intérieur. L'économie supposée disparaît si l'adaptation de l'échafaudage coûte plus cher qu'un accès dédié.

Deuxièmement : qui porte la responsabilité de la coordination ? Si personne ne s'en charge explicitement, c'est vous, par défaut, qui la portez — avec les conséquences en cas d'accident ou de retard. Si l'entreprise de façade accepte de la porter, faites-le écrire.

Troisièmement : le gain vaut-il le désordre ? Ajouter un intervenant à un chantier, c'est ajouter un planning, une assurance, une source de salissure et un interlocuteur de plus. Sur un petit travail, le calcul est souvent favorable. Sur un travail moyen, il faut le faire sérieusement.

Questions fréquentes

L'entreprise de façade peut-elle refuser ?

Oui, et un refus n'a rien d'abusif. Elle engage sa responsabilité sur un ouvrage dont elle a la garde, elle peut être liée par un contrat de location qui l'interdit, et elle assume le risque qu'un tiers désorganise son planning. Un refus motivé se respecte ; ce qui se discute, en revanche, c'est de savoir si le travail supplémentaire ne pourrait pas être réalisé par elle, en avenant.

Puis-je monter moi-même sur l'échafaudage pour faire un petit travail ?

Non, et c'est le point sur lequel il ne faut pas transiger. Vous n'êtes pas formé à l'usage de cet ouvrage, vous n'en connaissez ni la charge admissible ni les points faibles, et votre présence dessus n'est couverte par rien. Le fait que ce soit chez vous ne change rien à l'affaire.

Combien coûte l'adaptation de l'échafaudage pour un couvreur ?

Cela dépend entièrement de la configuration : nombre de travées concernées, hauteur, type de protection à ajouter, accessibilité du terrain. Il n'existe pas de prix de référence utilisable. La bonne démarche est de demander au monteur un devis distinct pour l'adaptation, avec le détail de ce qui est ajouté, et de le comparer au coût d'un accès indépendant pour le couvreur.

Faut-il prévenir l'assurance de la maison ?

Le réflexe utile est d'appeler votre assureur habitation et de lui décrire la situation en une phrase : échafaudage monté sur la façade, intervention d'une entreprise extérieure prévue, telle durée. C'est lui qui vous dira si votre contrat appelle une déclaration. C'est une question de deux minutes, et la réponse dépend de votre contrat, pas d'une règle générale.

Et si le tiers travaille moins bien que le façadier ?

C'est un risque réel, et il se limite en amont. Demandez à l'entreprise de façade si elle a un couvreur ou un zingueur avec qui elle travaille habituellement : la coordination sera meilleure, et la responsabilité plus simple à établir. À défaut, choisissez l'intervenant sur les mêmes critères que le façadier, et faites-lui décrire par écrit ce qu'il fera.

Que faire si l'occasion apparaît en cours de chantier ?

C'est le cas le plus fréquent : on découvre le solin abîmé une fois l'échafaudage monté. La marche à suivre ne change pas, elle est seulement plus pressée. Signalez immédiatement au conducteur de travaux, demandez si son entreprise peut le traiter, et si non, réglez l'autorisation, l'assurance et la fenêtre d'intervention dans cet ordre — sans jamais laisser un artisan monter « en attendant qu'on voie ».

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